L'Eternel est mon Père ! Aimer c'est vivre et vivre c'est Aimer.

Je me suis réveillée ce matin avec cette petite phrase :
Montre moi le chemin de l'amour sans aucun détour.
J'écris cette poésie, comme une prière ...
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Eternel, D.ieu de miséricorde et d'amour,
Quand mes ennemis m'entourent,
Me persécutent jour après jour,
Montre moi le chemin de l'amour sans aucun détour.

Eternel, D.ieu d'Israël, mon Père, mon Rédempteur,
Face à cette tempête, cette blessure dans mon coeur,
Qui ne peut se refermer à cause de l'intense douleur,
Montre moi le chemin de l'amour sans aucun détour.

Eternel, Hachem, ma force, ma forteresse,
Lorsque mes pensées s'agitent en moi sans cesse,
Et que la faiblesse, le découragement coulent comme une source,
Montre moi le chemin de l'amour sans aucun détour.

Eternel, mon Sauveur, mon meilleur ami, mon Yeshoua !
Tandis que je fais le bien, et que l'on me rend le mal,
Que les larmes, les cris, sortent de mon âme,
Montre moi le chemin de l'amour sans aucun détour.

Eternel, ma vérité, ma lumière, mon refuge, mon tout !
Pendant que je te sers, occupe toi de mes fardeaux trop lourds,
Que je dépose à Tes pieds, sans regret, comme un acte d'amour,
Montre moi le chemin de l'amour sans aucun détour.

©Lysdesaron
Ci-dessous un document important et émouvant sur la Shoah.
Nous sommes le 27 janvier 2OO9, et cette date du 27 janvier a été instiutée comme journée internationale de commémoration en mémoire des victimes de la Shoah.
Merci de votre patience à lire, vu la longueur du document.
Je remercie Sylviane mon amie qui m'a permis de mettre cette information.
De la part de Sylviane
Cuartero,
Cette date a été retenue, car le 27 janvier 1945 est le jour de la libération du camp d’Auschwitz par l’armée russe.
Le 27 janvier 1944 est également une date de souvenir tragique. Etant native de Haute-Marne, ce jour reste planté dans mon cœur comme une écharde, car il est celui de la grande rafle des Juifs de Haute-Marne, où 96 personnes, hommes, femmes et enfants furent arrêtés…
Pour l’ Amour de Sion
Je ne peux me taire
La libération du camp d’Auschwitz
27 janvier 1945
L’année civile 2005 a marqué les 60 ans de la libération du camp d’Auschwitz par l’armée russe.
Souviens-toi, n’oublie pas – Deutéronome 25 V 17
Ce jour tant espéré est enfin arrivé le 27 janvier 1945. Jour rêvé par les victimes qui se trouvaient encore dans le camp, jour tant attendu par les familles juives épargnées restant dans toute l’Europe, jour qui offrait le fol espoir de revoir enfin un être cher qui n’était pas revenu…
Et pourtant combien ont attendu de longues années en gardant la conviction qu’ils allaient revoir réapparaître leurs proches… Combien ont erré des semaines entières dans le hall de l’hôtel Lutécia à Paris, où l’on affichait tous les jours les noms des déportés qui revenaient, l’espoir illuminant leurs yeux le matin, et la déception dévorant leurs cœurs le soir… Combien n’ont jamais voulu accepter l’horrible réalité, se voilant la face en imaginant que leurs bien-aimés avaient pu se sauver et qu’ils vivaient en Russie ou ailleurs…
A la libération du camp d’Auschwitz, les quelques survivants n’étaient plus que l’ombre d’eux-mêmes, complètement hébétés, les yeux hagards agrandis par la terreur. Et ils tombaient en larmes dans les bras des personnes qui les aidaient à se tenir debout. Quel spectacle de désolation… Certains prisonniers pleuraient comme des enfants, et ceux qui s’occupaient d’eux ne savaient quelle attitude adopter pour combler des années de manque affectif. Ils les entouraient de leurs bras, les caressaient doucement sur la joue et le front, les embrassaient, les effleurant avec des gestes d’une infinie tendresse…
Les survivants qui ont pu revenir de cet enfer, en plus des cauchemars qu’ils faisaient toutes les nuits, se culpabilisaient d’être restés en vie alors que tant d’autres étaient partis en cendres. Il leur était impossible de parler de ce qu’ils avaient vécu, cela aurait été trop dur, et ils savaient qu’on ne les comprendrait pas. Certains, encouragés et poussés par leurs amis ont commencé à parler, à écrire, à se confier… mais cinquante ans après !
« C’était ici » a-t-il murmuré, « mais c’était un autre monde » Et il a ajouté, expliquant et justifiant son silence d’un demi-siècle : « Je ne sais pas s’ils comprendront. »
Jo WAJSBLAT
« Qu’on revienne d’Auschwitz ou d’ailleurs
quand c’est d’un ailleurs
aux autres inimaginable
c’est difficile de revenir.
Quand on revient de là-bas
Et qu’il faut réapprendre à vivre
C’est difficile de revenir.
Quand on a regardé la mort
A prunelle nue
C’est difficile de réapprendre
A regarder les vivants
Aux prunelles opaques… »
Charlotte DELBO
J’aimerai que ce monde étrange
Ne soit qu’un cauchemar
Qu’il y ait encore quelqu’un,
Quelque part qui comprenne
Et se sente concerné…
Inge AUERBACHER
Ceux qui sont revenus
Peuvent-ils être heureux ?
Ils essaient d’oublier
Etonnés qu’à leur âge,
Les veines de leurs bras
Soient devenues si bleues.
Jean FERRAT
Nous voulions nous faire entendre,
Nous voulions nous faire comprendre, et…
Ne croyez pas que nous en ayons du dépit.
Nous savions que vous ne comprendriez pas,
Que vous ne croiriez pas…
Charlotte DELBO
Calvaire aussi pour tous ceux qui attendaient leurs familles et qui ont appris au bout de plusieurs années l’horrible vérité. Il ne restait alors que les photos des êtres chers auxquelles chacun s’accrochait comme à une bouée de sauvetage…
Comme ces magnifiques photos tapissées au mur du salon de Monsieur L., rendant à ses parents et à sa sœur Colette les sourires et les visages tant aimés, autant de souvenirs arrachés au passé, aux jours heureux. Monsieur L. est le seul survivant de sa famille. Il a pu échapper à la rafle opérée en Haute-Marne le jeudi 27 janvier 1944, alors que Daniel, Angèle et Colette n’ont pas eu cette chance. Soixante ans après, bien qu’étant d’une nature très joviale, les ombres du passé reviennent le hanter, et lorsque mon mari et moi-même avons l’occasion de lui rendre visite, il arrive toujours un moment où il nous parle de sa famille décimée à Auschwitz et où il nous montre toutes ses photos sur le mur. Nous retenons avec peine l’émotion qui nous submerge en ces instants.
Pour Monsieur L., la libération du camp d’Auschwitz avait fait naître la grande espérance de revoir sa famille chérie. Il avait comme beaucoup d’autres personnes arpenté le hall de l’hôtel Lutécia pendant de longues semaines, attendant le jour béni où les noms de ses parents et de sa sœur seraient inscrits sur le panneau où défilait quotidiennement la liste des déportés qui rentraient. Ce jour n’est hélas jamais arrivé… De nombreux escrocs à cette époque ont profité de ce grand malheur, en faisant croire aux familles des victimes que ces dernières étaient encore vivantes, qu’ils les avaient vues et que moyennant finances et la remise de précieuses photos, ils pourraient avoir des nouvelles ! Monsieur L. a eu affaire à de tels personnages… Quelle honte !
Au mois de mars 2000, j’ai eu l’occasion de me rendre en Pologne pour visiter le camp d’Auschwitz. deux survivants du camp commentaient avec difficulté et douleur chaque endroit. Chaque pas fait en ce lieu maudit leur brisait le cœur. Je n’ai jamais pu les oublier et leur souffrance encore si vive aujourd’hui m’a profondément bouleversée. Depuis cette date, des pensées très fortes me revenaient sans cesse, comme une obsession : il fallait écouter le témoignage des Juifs rescapés de la shoah pour entendre ce qu’ils ont à dire avec leurs mots avant qu’il ne soit trop tard, avant qu’ils ne nous quittent tous…
France, n’oublie pas !
France, réveille-toi !
Peut-être que des noms comme Drancy, Beaune-la-Rolande, Pithiviers, Compiègne, Struthof, Rivesaltes, Vichy et bien d’autres… te rafraîchiront la mémoire !
« Délivre ceux qu’on traîne à la mort… Si tu dis : Ah, nous ne
savions pas ! Celui qui pèse les cœurs ne le voit-il pas… ? »
Proverbes 24 V 11 et 12
AUSCHWITZ – BIRKENAU
5 mars 2000
avec Jo WAJSBLAT
rescapé du camp
Cette journée tant attendue et redoutée à la fois est enfin arrivée ! AUSCHWITZ… On n’ose à peine prononcer ce nom qui est synonyme d’horreur et de monstruosité. Pendant les deux heures de vol qui nous mènent à Cracovie, nous apprenons que l’avion entier est affrêté spécialement pour le voyage AUSCHWITZ-BIRKENAU. Nous sommes réunis Juifs et non-Juifs, et des liens invisibles mais forts se tissent déjà de par cette destination commune. Ce que nous allons vivre ensemble avec nos frères Juifs restera à jamais gravé dans nos mémoires.
Nous sommes accompagnés par des rescapés du camp, et la majorité des personnes est juive. Une profonde émotion nous saisit lorsque nous voyons les kipas revêtir de nombreuses têtes, les châles de prière recouvrir des épaules. L’avion tout entier est baigné dans le recueillement tandis que nos frères Juifs prient, assis ou debouts, prières silencieuses ou murmures qui vont droit au cœur de l’Eternel, le D-ieu d’Israël, et qui nous sont en bénédiction.
Quelle joie de pouvoir être à leur côté. Quelle émotion d’être auprès de ceux que nous aimons tant, et bien des chrétiens en cet instant auraient voulu leur communiquer toutes les vagues d’amour contenues en eux sans oser le faire, car quels mots pourraient l’exprimer ? Etre au milieu d’eux tout simplement. C’est ce que notre cœur désire. Nous ne méritons pas ce bonheur. Nous souhaitons du plus profond de notre être faire partie de leur famille, mais vont-ils croire en notre sincérité. Nous voudrions que notre amour coule en eux comme un baume doux et apaisant, mais craignons de les blesser davantage par des paroles maladroites. Comment effacer 2 000 ans de persécutions, de haine, de jalousie, de mépris, de paroles de condamnation prononcées Bible en main ! Il ne faut pas se voiler la face, que représente le mot « chrétien » pour nos frères Juifs ?
Dans la Genèse, nous trouvons l’histoire de Caïn et Abel. Par jalousie, Caïn a tué son frère Abel. Mais D-ieu l’interroge : « Où est ton frère Abel ? » Aujourd’hui, c’est à nous que D-ieu s’adresse : « Où est ton frère Israël, où est-il ? ». Si nous répondons alors : « Je ne sais pas. Suis-je le gardien de mon frère ? », D-ieu nous montrera AUSCHWITZ où se dressaient les cheminées fumantes. Il nous montrera d’autres lieux de massacres partout en Europe. Il montrera… Il montrera… des milliers et des milliers de Juifs qui ont été assassinés à l’époque du christianisme. Au cours du XXème siècle, plus de 6 millions de Juifs ont été exterminés, et D-ieu nous dit : « Qu’as-tu fait ? La voix du sang de ton frère crie jusqu’à Moi ! »
AUSCHWITZ-BIRKENAU
Quand les bus se rapprochent du camp de BIRKENAU, nous apercevons cette immense porte sinistrement connue à cause des nombreux documentaires, films et photos relatant la période de la shoah. C’est le choc, le chaos… Rien ne prépare à cette rencontre, vision sortie du cauchemar. Nous passons à pied devant cette porte monstrueuse. Ici, c’est terrible. Il y a ce que l’on voit, ce que l’on entend, et pire encore ce que l’on devine… Toute notre éducation, nos raisonnements, notre théologie, nos questions, notre logique, restent à l’entrée du camp. Ici, nous sommes de plein fouet face à un gouffre dévorés par une rage impuissante, déchirés par des hurlements silencieux qui nous étouffent. Ici, plus de présent, plus de passé, rien de cohérent, rien d’humain, il ne reste plus RIEN…
Il y a ces multitudes de voies ferrées qui s’entrecroisent pour arriver à cette porte infernale. Il y a ces milliers de personnes sortant des trains, affamées, mourant de soif, hurlant de terreur, ne comprenant rien. Il y a ces chiens hargneux déchirant leur chair et déversant la haine sur leur passage. Il y a la fumée des trains et le froid insoutenable, un froid immonde qui glace l’âme et le corps. Il y a… Il y a…
Jo et Simon, deux rescapés du camp nous racontent leur vie de déportés. Nous sentons bien qu’entre chaque mot se cachent mille souffrances et détresses, physiques et morales.
Jo : « Des voies ferrées arrivaient de partout et de toute l’Europe. Jusqu’à l’arrivée, on ne se doutait de rien. Vous pensez bien que si on avait su ce qui se passait, jamais on ne se serait laissé prendre. On souffre à chaque fois que l’on revient ici. Beaucoup ne peuvent pas revenir. Vous êtes sur le plus grand cimetière du monde…
C’est terrible, ce sont encore les victimes qui sont obligées de revenir pour faire connaître la vérité. Les nations savaient, le monde savait. Des avions américains survolaient le camp tous les jours. Les Juifs furent abandonnés au moment de leur plus grande détresse. L’indifférence générale et la passivité ont contribué de manière décisive à ce que Hitler puisse procéder à son projet d’extermination de masse.
Le camp est immense. Il y fait un froid glacial. Nous sommes frigorifiés alors que nous portons de chauds manteaux matelassés. Nous imaginons tous ceux qui sont arrivés là, il y a soixante ans, avec pour ainsi dire rien sur le dos. Nous apercevons des baraquements à perte de vue, des miradors et de gigantesques clôtures en barbelés qui étaient électrifiées à l’époque pour dissuader toute évasion. Chaque pas est un supplice car l’horreur surpasse toute compréhension humaine.
Nous sommes dans notre présent et en même temps projetés soixante ans en arrière. Nous voyons au-delà du visible des foules de gens courir nus, méprisés, grelottants, victimes d’une haine dépassant tout entendement. Nous voyons leurs yeux affolés implorant une once de compassion pour un enfant, un frère, un ami ou pour eux-mêmes. Nous voyons les mamans courir lors des sélections, en tenant bien serrées les mains de leurs enfants, des mains s’agrippant désespérément les unes aux autres jusqu’à ce qu’une trop grande faiblesse les fasse se lâcher, les uns partant pour travailler, les autres pour les chambres à gaz…
Pour toujours, je verrais les enfants qui n’ont plus la force
De crier,
Pour toujours, je verrais les aînés qui n’ont plus la force de
Les aider.
Pour toujours, je verrais les mères et les pères,
Les grands-pères et les grands-mères,
Les petits écoliers… leurs professeurs…
Les justes et les pieux.
Où trouverons-nous les larmes à verser pour eux ?
Qui a la force de pleurer pour eux ?
Elie WIESEL
Nous avons l’impression qu’ils sont toujours là, autour de nous. Leurs cris sont toujours là. Leur souvenir est bien vivant, surtout ne jamais les oublier… JAMAIS ! Nous entrons dans un baraquement qui servait de latrines. Là, tout était bien étudié pour que l’humiliation soit à son comble. Le temps était chronométré. La plupart des gens souffrait de dysenterie. Les prisonniers par la force des choses étaient très sales et ça sentait mauvais. L’eau du camp était contaminée.
Jo : « Les Allemands ne rentraient pas ici car ça sentait trop mauvais. C’était un endroit où nous venions nous planquer lors des sélections. Elles avaient pour but de faire le tri entre ceux qui étaient aptes au travail et ceux qui ne l’étaient pas. Ceux qui étaient jugés inaptes au travail étaient envoyés dans les chambres à gaz, puis brûlés dans les fours crématoires. »
Nous pénétrons dans un autre baraquement. C’est un dortoir. Bien sûr, il n’y avait pas de chauffage, pas de linge, un pyjama et des sabots. Les personnes étaient entassées à 12 dans des couchettes en bois superposées.
Jo : « On ne nous laissait pas tranquille la nuit. Une journée, c’est un siècle ici. En arrivant, on nous prévenait : Si tu ne peux pas travailler, tu sors par la cheminée. Ceux qui étaient maigres, malades, savaient ce qui les attendait. La nuit, certains se levaient pour aller toucher les barbelés. On les retrouvait morts, électrocutés, le matin. Si quelqu’un tentait de s’évader, on le pendait devant tout le monde, et dix personnes étaient fusillées pour l’exemple. »
Aucun mot ne sera jamais assez fort pour exprimer les souffrances du Peuple Juif. Il est ahurissant de voir jusqu’où la folie meurtrière peut conduire. Les tortures physiques, les humiliations, mais aussi les tortures mentales ne laissent jamais une seconde de répit. Le cauchemar est continuel et quotidien, de jour comme de nuit. Les tourments de l’esprit sont incessants, les « pourquoi » restent sans réponses. La perversité jusqu’au plus petit détail est là pour faire souffrir au-delà du supportable. Certains passages des psaumes nous font entendre encore aujourd’hui l’agonie du Peuple assassiné :
Mon âme est rassasiée de maux et ma vie s’approche du séjour des morts. Je suis mis au rang de ceux qui descendent dans la fosse. Je suis étendu parmi les morts, jeté dans les ténèbres, dans les abîmes. Je suis enfermé et je ne puis sortir. Mes yeux se consument dans la souffrance. J’enfonce dans la boue sans pouvoir me tenir. Je suis tombé dans un gouffre. Je m’épuise à crier, mon gosier se dessèche. Ils sont plus nombreux que les cheveux de ma tête ceux qui me haïssent sans cause. L’opprobre me brise le cœur et je suis malade. J’attends de la pitié mais en vain, des consolateurs et je n’en trouve aucun. Mes jours s’évanouissent en fumée, et mes os sont enflammés comme un tison. Mes gémissements sont tels que mes os s’attachent à ma chair. Je ne suis pas tranquille, je n’ai pas un lieu de repos. Mon cœur est agité, mes yeux languissants, mon âme souffrante. Ma vie est comme en suspens devant moi. Je tremble la nuit, et le jour je doute de mon existence. Dans l’effroi qui remplit mon cœur, je dis le matin : « Puisse le soir être là », et je dis le soir : « Puisse le matin être là. »
Emmanuel LEVINAS :
« Cette destruction rend impossible
et odieux tout propos et toute pensée
qui l’expliqueraient par les péchés de
ceux qui ont souffert ou sont morts. »
Nous nous dirigeons ensuite vers le quartier des femmes et des enfants. Là encore l’horreur et la barbarie… La vie du camp est un cauchemar permanent. Les convois arrivent de plus en plus nombreux et il faut faire de la place. Certains jours 24 000 personnes sont exterminées, gazées, brûlées. Les chefs de camp et kapos ont pratiquement droit de vie ou de mort sur les détenus. Tout est fait pour humilier au maximum. Quand on sait combien la notion d’hygiène est importante pour le Peuple Juif, on comprend que tout a été machiavéliquement étudié afin que ces règles élémentaires ne puissent être respectées.
Nous passons devant un endroit où se dressaient deux fours crématoires. Ils ont été détruits par les Allemands avant la libération du camp, car bien entendu, tout cela devait être gardé secret. Quatre pierres tombales ont été placées à cet endroit au-delà desquelles se trouvent des cendres humaines.
Simon, l’un des rescapés du camp s’approche de la grande étendue de cendres, et en tremblant se penche pour en ramasser, le visage ravagé par les larmes. Ce geste, il le fait à chaque fois qu’il revient ici, comme une ultime caresse envers ses chers disparus…
Il est difficile de relater ce que chacun peut ressentir en cet instant. Les yeux rougissent, les visages se détournent pour laisser échapper des larmes, le silence, une envie d’hurler qui déchire l’âme, un sentiment d’impuissance devant l’intolérable… Nous avons envie de courir vers nos frères Juifs pour les embrasser, leur demander pardon pour l’impardonnable, pour toutes ces atrocités. Les regards n’osent pas se croiser. Chacun garde pour soi sa propre souffrance et toutes les questions qui font exploser la tête comme des boomerangs sans jamais trouver de réponses. Un froid immonde nous saisit devant l’ampleur de toute cette haine monstrueusement calculée, et un cri intérieur : PLUS JAMAIS CA !
A 13 H 30, nous nous réunissons devant le mémorial. Une gerbe de fleurs y est déposée, ornée d’un ruban bleu, blanc, rouge, avec l’inscription : « De la part des chrétiens qui vous aiment, pardon ».
Jo WAJSBLAT nous témoigne du souvenir de son ami Haïm, avec une voix nouée par l’émotion et les sanglots contenus.
Jo : « Mon ami Haïm, nom qui signifie vie en hébreu, est allé volontairement au crématoire car son petit frère y avait été envoyé. J’ai voulu le retenir, je l’ai supplié, mais il m’a repoussé en me disant : je ne peux pas le laisser tout seul, je veux aller là où est mon petit frère… »
Puis, il nous montre le pantalon de pyjama qu’il portait au camp et qu’il a toujours conservé. Il nous encourage à être des témoins à notre tour et à raconter ce que nous avons vu.
Nous devinons les profondes blessures gravées dans l’âme des rescapés. Jo nous dit en ouvrant tout grand son cœur :
« J’aimerai bien que vous m’aimiez, j’aimerai bien que quelqu’un vienne m’embrasser de temps en temps. »
Puis il nous montre un gros bloc de savon sur lequel est inscrit :
« Graisse pur Juif ».
Un chant en hébreu s’élève vers le ciel. C’est un moment d’une intense émotion. Les larmes coulent silencieusement sur bien des joues. Des liens invisibles, tissés par ce que nous partageons nous procurent une douce chaleur. La souffrance est portée par chacun. C’est dans un silence paisible que nous écoutons la prière pour les victimes de la shoah, prononcée en hébreu, en souvenir des 6 millions d’enfants d’Israël, hommes, femmes et enfants, assassinés, égorgés, brûlés, massacrés dans tous les camps d’extermination d’Europe.
Cette prière est suivie du Quadish, puis le son du Shofar retentit, moment inoubliable qui fait jaillir l’espérance et qui proclame sur ces lieux la victoire de la VIE. Nous imaginons le combat intérieur de tous les rescapés. Ceux qui sont revenus peuvent-ils être heureux au souvenir de la perte de leurs familles, de leurs amis, et de tous les autres… Et en plus, avec un sentiment de culpabilité d’être restés en vie, sentiment qui injustement enveloppe les victimes au lieu des bourreaux !
LE COMPLEXE MUSEE D’ AUSCHWITZ
à côté de BIRKENAU
Nous arrivons devant la chambre à gaz, la seule que les Allemands n’ont pas eu le temps de détruire. Nous pénétrons à l’intérieur. Des images insoutenables viennent à l’esprit, et nous plongent dans un abîme d’horreur. Le souvenir de tous ces malheureux qui ont été gazés ici est tellement présent… Il y règne un silence complet, mais leurs cris d’épouvante sont imprégnés à jamais dans cet endroit. Il y a ce que l’on voit, ce que l’on nous explique, et pire encore ce que l’on devine et ce que l’on ne saura jamais !
Les victimes étaient dupées jusqu’au bout. On leur faisait croire qu’elles allaient à la douche. Des voies ferrées arrivaient jusqu’à l’entrée des chambres à gaz. Les personnes étaient poussées à l’intérieur, et lorsque c’était complet, on les jetait encore par le haut ! Après le gazage, c’était le ramassage sur les amas de corps pour récupérer encore tout ce qu’on pouvait : dents en or, prothèses, etc… On récupérait même les cheveux pour en faire du tissu, la peau pour en faire des abat-jours, les vêtements, les valises. Rien n’était laissé au hasard, on tirait profit de tout. C’est atroce… Ensuite les corps étaient brûlés dans les fours crématoires. Nous en voyons ici. Des bougies du souvenir sont allumées.
Grand Rabbin Ephraïm ROSEN :
« Nous attestons une fois de plus devant les
générations montantes, l’existence des chambres
à gaz destinées principalement à l’extermination
massive des Juifs… au même titre que nous, Juifs,
témoignons de la révélation divine du Sinaï. Un
père, dit-on, ne ment pas à son fils. Nous suivons
ainsi le commandement de la Torah (Deut. IV.9) :
Seulement, garde et veille bien sur ton âme de peur
Que tu n’oublies les évènements que tes yeux ont
Vus et de peur qu’ils quittent ton cœur un seul jour
De ta vie. Tu les feras connaître à tes enfants et aux
Enfants de tes enfants. »
Tous les bâtiments du camp nous exposent un thème particulier. Dans tel bloc, on y a fait des expériences médicales sur des personnes non endormies leur faisant subir d’atroces sévices.
Ici, c’était le mur des fusillés, avec bien sûr toute une stratégie subtile et démoniaque pour que les victimes suivantes soient tourmentées au-delà de toute résistance humaine.
Nous entrons dans le bloc des objets personnels. Là, c’est trop dur, insoutenable et si émouvant à la fois. Nous traversons de longs couloirs et pièces remplis d’objets ayant appartenus aux victimes :
- des monticules de chaussures,
- des monticules de lunettes,
- des monticules de valises avec les noms inscrits,
- et… des monticules de cheveux !
Nous sommes effondrés. Certains, n’en pouvant plus, s’arrêtent,
anéantis, sur des bancs, et laissent libre cours à leur désespoir. Il y a des milliers de vies au travers de ces montagnes de cheveux, des milliers de visages, de rires, de joies, de peines, des vies qui n’auraient jamais dû s’arrêter là aussi cruellement, aussi injustement. Nous vous en supplions, NE LES OUBLIEZ PAS. C’est avec force de cris et de larmes que je vous le demande… Ce serait les assassiner une seconde fois !
Charlotte DELBO
Vous qui avez pleuré deux mille ans
Un qui a agonisé trois jours et trois nuits
Quelles larmes aurez-vous
Pour ceux qui ont agonisé
Beaucoup plus de trois cents nuits
Et beaucoup plus de trois cents jours ?
Combien pleurerez-vous
Ceux-là qui ont agonisé tant d’agonies
Et ils étaient innombrables !
Et ils savaient que vous ne pleureriez pas !
Tout semble irréel tellement la réalité dépasse les frontières de la cohérence. Nous continuons la visite des blocs qui n’en finit pas. A chaque fois que l’on croit être arrivé au paroxysme de l’horreur, on s’aperçoit que ce n’est jamais terminé, et qu’il y a encore pire ! C’est inouï, hallucinant ! Nous apprenons qu’il n’y a aucune limite à la cruauté humaine et c’est effrayant. Nous sommes comme des automates abasourdis et silencieux, avec ce hurlement intérieur : PLUS JAMAIS CA !
Nous terminons par un bâtiment avec des photos. On n’ose à peine les regarder par respect pour les victimes, et parce que leurs regards sont si vivants qu’ils semblent nous interroger. Ce sont des millions de visages qui nous observent aujourd’hui avec des yeux figés par la terreur, des regards désespérés qui ne comprennent plus rien… qui crient à l’humanité entière : POURQUOI NOUS AVEZ-VOUS ABANDONNES ???
Avant de ressortir du musée, nous passons dans une pièce où nous restons silencieux. Des centaines de petites bougies sont allumées. Un chant s’élève en hébreu, empreint d’agonie et de douleur devant toute la souffrance du peuple assassiné.
Le dernier psaume d’Israël
Alfred GONG
Nous serons bientôt à Toi !
La mort fredonne dans les fours.
Des cheminées s’élève l’épaisse et grasse fumée…
O Yahvé, entends-tu notre voix ?
C’est le dernier psaume.
Nos voix tremblent.
Nous avons peur et chantons
Dans l’espoir d’ébranler la foi
Des blonds chevaliers de la mort !
Nous reconnais-tu pour Ton peuple ?
Avons-nous davantage péché que d’autres ?
Verrons-nous dans l’Eden resplendir la paix,
Cesser enfin les souffrances de l’errance ?
Le cœur se rapetisse.
Nous mourons sans courage.
Nos lèvres louent Tes bontés, mais
« Tu nous fais mal ! » crie notre sang.
Dans les bus qui nous ramènent à Cracovie, nos accompagnateurs nous disent qu’il est de tradition à chaque voyage, de prendre un petit remontant au retour, et ils nous offrent de la vodka. Nous levons nos verres avec ces mots en hébreu : LE HAIM, et buvons A LA VIE !
Nous nous arrêtons à Cracovie dans le quartier Juif de Kazimierz, où nous visitons une très belle synagoque transformée en musée. Les objets exposés sont magnifiques. Puis nous nous rendons dans une seconde synagogue, un cimetière Juif se trouve tout contre. Tous ensemble, Juifs et non-Juifs, participons à un office. Nous sommes admiratifs de cette foi et cette consécration exprimées à travers les lectures, les prières, les psalmodies.
Et c’est avec un immense bonheur qu’à la fin, nous chantons tous ensemble le HATIKVA, l’hymne national d’Israël :
Tant qu’au fond de nos cœurs
Une âme juive vibre
Qu’en direction de l’Orient
Un œil contemple Sion
Notre espoir n’est pas perdu
Un espoir vieux de 2000 ans
D’être un peuple libre sur notre terre
La terre de Sion et Jérusalem
Que dire encore après tout cela si ce n’est qu’en tant que chrétiens, nous aimons Israël et le Peuple Juif. Nous voulons nous tenir à ses côtés et déverser l’amour du cœur de l’Eternel sur Sion : CONSOLEZ, CONSOLEZ MON PEUPLE, dit l’Eternel. Nous désirons partager avec nos frères Juifs les souffrances mais aussi les rires, être des amis, de vrais frères. Nous demandons à D-ieu de pouvoir regarder, aimer et consoler Son Peuple avec Ses yeux.
Bien-aimés frères Juifs, nous nous réjouissons de la consolation que l’Eternel vous prépare :
Vous serez allaités
Vous serez portés sur les bras
Et caressés sur les genoux.
Comme un homme que sa mère console,
Ainsi, Je vous consolerai
Et vos os reprendront de la vigueur comme l’herbe…
Esaïe 66
Que nos lèvres puissent distiller non pas du fiel comme elles l’ont fait pendant trop longtemps, mais du miel en proclamant les bénédictions adressées à notre frère aîné ISRAEL :
- Tu es béni par D-ieu
- Tu es aimé de D-ieu
- Tu es un peuple qui appartient à D-ieu
- Tu es un joyau pour D-ieu
- Tu es la joie de toute la terre !
Sylviane CUARTERO